Blog (pas) intime

"Ce sujet favori: moi-même." (R. Bradbury)

2007/02/12

Onze


C'est le nombre de mort pour la seule journée d'aujourd'hui, au cours des affrontements en Guinée Conakry.

Le nombre total de victimes de cette crise frôle maintenant la centaine.

Lansana Conté se considère comme Président à vie: selon la Constitution qu'il a modifiée, il peut se présenter aux présidentielles autant de fois qu'il le souhaite. Il les a toutes "largement" remportées depuis 16 ans. Il est au pouvoir depuis la mort de Sékou Touré, il y a 23 ans!

Je suis à la fois heureuse et inquiète pour le peuple guinéen. Heureuse qu'il revienne à la charge, qu'il ne lache pas, qu'il garde en tête qu'il a le pouvoir de changer les choses. Inquiète parce que personne ne peut prédire l'issue de cette crise. Conté du haut de ses 73 ans malades peut l'emporter. Et même si le peuple gagne, est-ce qu'il pourra tirer les bénéfices de cette victoire? Les "opposants" se voient déjà aux manettes du pays: troquons la peste contre le choléra?

Des coups de feu ont été entendus dans une caserne militaire, signe que peut-être, une partie de l'armée se retourne contre Conté. Si c'est le cas, les choses vont se précipiter. Pour le pire ou, je l'espère, pour le meilleur.

Force et courage aux descendants de Samory Touré et de Soundjata Keita!

Edit du 15/02/07: Couvre-feu depuis 48h, pratiquement toutes les communications sont coupées, les gens ont faim et leur principal souci est de trouver à manger et de se protéger des exactions de militaires.
C'est mort.

Libellés : , ,

2007/02/10

World press photo 2006, les lauréats

__
On connait les résultats du concours 2006 "World Press Photo".

Le grand gagnant est Spencer Platt, pour cette saisissante photo de jeunes libanais circulant en décapotable dans une rue dévastée.



L'été dernier j'ai sacrifié un déjeuner pour aller voir l'exposition réunissant les lauréats 2005 à la galerie Azzedine Alaia (où les hotêsses m'ont confondue avec une star, j'en parlerais peut-être un jour).

Revoir défiler l'année écoulée à travers les yeux des reporters-photographes les plus doués de notre époque est une expérience unique (personnellement j'ai eu envie de m'assoir dans un coin et pleurer, mais je ne pouvais pas, rapport à mon statut éphèmère de star) , dont on peut avoir un aperçu ICI .

En ésperant que la cuvée 2007 sera plus réjouissante. En même temps c'est pas dur.

Libellés : ,

2006/07/27

"Chez nous, au Liban"

Ma première libanaise s'appelait Rita. Elle était née hors du pays, tout comme sa mère et son père, mais parlait à 8 ans de "son" village comme si elle allait y retourner après la classe.

Plus tard, j'ai découvert les Libanais d'Afrique, peu recommendables car sur place uniquement pour faire de l'argent, n'ayant aucune envie de côtoyer la population, sauf à la limite les jeunes filles indigènes aux croupes bien rebondies, à condition qu'elles sachent tenir leur place et ne pas se mettre des idées de "projets" en tête.

Mais en France c'est différent. Nous sommes dans la même galère, tous métèques comme l'a si gentiment rappelé un Charles-Henri à une (semi-)Iranienne. J'ai rencontré beaucoup de Libanais, déjeuné avec certains, diné avec d'autres, discuté, beaucoup, jusqu'à ce que je me surprenne avec un petit groupe de copains libanais, et particulièrement avec deux filles que je considère aujourd'hui comme des amies.

J'ai toujours, depuis toute petite, été épatée de la facilité avec laquelle le Libanais parle du Liban. Depuis la petite Rita jusqu'à Myriam. Myriam qui ne peut passer une soirée sans placer plusieurs fois dans la conversation des phrases commençant par "Chez nous au Liban..." avec ce drole d'accent qui tire sur la dernière voyelle, "Chez nous au Liba-an".

Chez toi au Liban, ma belle, c'est la guerre.

C'est la guerre, alors que Béatrice a pu se débrouiller pour être dans sa ville de Rabieh ces vacances malgré son CDI tout neuf ("Il faut savoir négocier, les filles !;p" nous avait-t-elle narguées)

C'est la guerre , et le mariage de Omar est annulé. Je ne pouvais pas y aller, mais ce n'est pas une raison.

C'est la guerre, parce que l'orgueil des uns vaut manifestement plus que la vie des autres.

C'est la guerre, et la dernière fois que je t'ai vue, Myriam, tes grand yeux clairs n'étaient pas cernés de khôl. Et je n'ai entendu aucun "Chez nous au Liba-an" de la soirée.

Libellés : ,